Historique du système éducatif
Afin de ne pas être en contradiction avec nos valeurs et l’objectif de notre projet, des recherches ont été réalisées, nous donnant un regard historique sur la situation du système scolaire togolais. Depuis l’indépendance du pays, l’État togolais a suivit deux orientations majeures : celle de la réforme de l’enseignement en 1975 et celle de la politique nationale du secteur de l’éducation et de la formation en 1993. Une réorganisation du système éducatif était en effet nécessaire du fait d’un important phénomène de déscolarisation dans les années 1980. Les priorités étaient alors de rendre la scolarisation des enfants obligatoire et gratuite, de favoriser la mixité sociale et d’encourager la scolarisation des filles. On peut dire que ces objectifs sont en partie atteints, la scolarisation des filles ayant fortement augmenté depuis les années 1980.
Un état des lieux du système éducatif
Malgré ces engagements de l’État, qui avait fait de l’éducation une priorité nationale, un rapide état des lieux du système éducatif actuel nous révèle que beaucoup reste encore à accomplir. Le taux d’alphabétisation des adultes est de 53% en 2007 (sources UNICEF), mais dans les zones rurales il stagne à 41,5%. En 2009, le taux de scolarité national avoisine les 77%, mais de fortes disparités existent entre les régions. Le taux de scolarisation dans la région maritime, où se situe le village d’Ativémé est de 83,2%, ce qui s’explique par les bons taux de scolarisation à Lomé (sources gouvernementales) mais ne reflète pas la situation de la scolarisation dans les villages de cette zone. Cependant l’entrée à l’école est très tardive et le niveau d’éducation reste bas, du fait du manque criant de moyens matériels (en moyenne, seule la moitié des élèves possède un livre de lecture), de la surcharge des classes et du manque de formation des professeurs. L’éducation primaire est la plus répandue au Togo puisque le taux de scolarisation dans le secondaire en 2007 n’est que de 30% pour les hommes et 14% pour les femmes. Toutefois, il faut souligner que les taux de scolarisation et de fréquentation de l’école augmentent d’une année sur l’autre (10% d’élèves en plus à la rentrée 2009 par rapport à 2008 selon le ministère des enseignements primaires, secondaires et de l’alphabétisation togolais). Notre projet s'inscrit donc dans un objectif d'équipement matériel des écoles primaires.
Les disparités du système éducatif
Filles/garçons
Bien que les lois éducatives de 1975 affirment l’égalité hommes/femmes, les disparités entre les filles et les garçons au Togo en matière d’éducation restent importantes. Ainsi, le taux d’alphabétisation des jeunes femmes est de 64%, alors que celui des jeunes hommes est de 84% (2007, source UNICEF). Plus on avance dans l’enseignement moins les filles sont scolarisées (76% de fréquentation dans le primaire contre 32% dans le secondaire.) La tolérance face aux redoublements successifs est moins grande pour les filles : ainsi dans les classes plus élevées elles ont souvent moins d’années de retard que les garçons mais sont bien moins nombreuses. De plus, l’âge moyen de mariage des filles est 17 ans en milieu rural, 20 ans en milieu urbain, ce qui ne leur permet pas de continuer leurs études au-delà d’un certain âge. La pratique des mariages forcés, davantage présente en milieu rural, constitue un frein à la poursuite d’études pour les filles. On peut faire un lien entre le niveau de vie et la parité hommes/femmes. En effet, la parité est plus élevée dans les écoles privées que dans les écoles d’initiatives locales, crées par les villageois en l’absence d’école primaire publique dans le village, et dont le fonctionnement est assuré par une cotisation des familles et par des enseignants volontaires. A long terme, l'amélioration des conditions d'éducation a un effet bénéfique sur la scolarisation et la réussite des petites filles ; cependant, nous avons souhaité discuter de suite de cette thématique avec les autorités villageoises et l'équipe éducative. Le taux de scolarisation des filles peut être considéré comme bon à Ativémé mais des efforts restent à faire dont tous les acteurs sont conscients.
La pauvreté
Chez les familles pauvres, seulement 55% des enfants accèdent à l’école primaire, contre 90% chez les familles plus aisées. Beaucoup d’enfants de familles pauvres ne peuvent aller à l’école car il est impossible pour les parents d’acheter l’uniforme nécessaire pour aller en classe par exemple. Le manque de ressources financières des parents pose également problème lorsque l’on sait que les instituteurs volontaires sont rémunérés par une cotisation des familles.
La formation des professeurs
Dans les écoles d’initiatives locales (EDIL), ce sont des enseignants volontaires sans qualification professionnelle qui assurent l’enseignement. Ils sont payés par les parents d’élèves ou parfois sur le budget de l’établissement. Leur rémunération reste très faible. D’autres enseignants sont qualifiés d’auxiliaires : ils sont recrutés sans formation professionnelle initiale et rétribués à 90% du salaire des fonctionnaires. Les auxiliaires et volontaires représentent 7/10 des enseignants du primaire, même si cette situation est en train d’évoluer avec a titularisation croissante de nombreux auxiliaires. Ainsi, en 2008, le gouvernement togolais a intégré un millier d'instituteurs auxiliaires au sein de la fonction publique et plus de 3 000 en 2009. Parmi les enseignants du premier cycle, 26% ont un niveau inférieur au baccalauréat, 28% ont le bac, 36% la licence, et 10% la maîtrise. De plus, peu de femmes sont enseignantes (13,8% au primaire ; 7,4% au secondaire). Au total, elles représentent 37 316 personnes dans l’éducation, dont 29% sont payées par les usagers et non l’État.
La politique éducative
Le rôle de l’État :
Le Ministère des enseignements primaires et secondaires a pris des mesures en faveur des EDIL : elles sont reconnues par l’État sur certains critères et des enseignants sont affectés aux plus importantes de ces écoles. Elles sont également intégrées dans le plan de distribution de manuels scolaires. L'État s’est engagé à ouvrir les examens professionnels aux éducateurs des écoles communautaires.
Budget :
Les différentes sources de financement sont l’État, les bailleurs de fond bilatéraux et multilatéraux, les parents d’élèves, le privé, les associations et les ONG. Avec la diminution du PIB par habitant dans les années 90, la part du budget accordée à l’enseignement a baissé. Sur la période 1991-2000 les dépenses publiques en matière d’éducation étaient de 4,5% du PIB. Ce sont les parents d’élèves qui globalement participent au financement du secteur, ils participent à la construction des infrastructures, en cotisant afin de prendre en charge des professeurs volontaires. La part des dépenses publiques accordées à l’éducation dans l’ensemble des dépenses budgétaires courantes de l’État était en moyenne sur les dix dernières années de 26,5%. Sur l’ensemble des dépenses publiques pour l’enseignement, le primaire en reçoit 49%, le deuxième degré (collège) 22% et le troisième degré (lycée) 9%. La suppression des frais de scolarité en 2008 a permis d’ouvrir l’école à un nombre plus large d’enfants, mais elle a eu pour conséquence de faire disparaître la principale source de fonds des écoles.
L’actualité
En 2008 dans son discours de politique générale,le Premier Ministre prévoyait que le plant d’urgence pour l’éducation porterait sur « la réalisation de l’étude sur le financement du système éducatif et le lancement de la requalification des établissements de l’enseignement primaire »
La même année, les frais d'écolage ont été supprimés afin de favoriser la scolarisation de tous les enfants : on a alors observé à la rentrée 2009 une augmentation de la fréquentation de l'école d'Ativémé mais l'on ne dispose pour le moment pas du recul nécessaire pour évaluer l'impact à moyen terme de cette mesure. En effet, beaucoup d'enfants pourraient abandonner l'école afin d'aider leurs parents dans les travaux des champs au cours de l'année. De plus, cette mesure a eu pour effet de tarir les ressources du Comité de Gestion des Ressources Scolaires (COGERES) issues de l'écolage et qui n'ont pas été totalement compensés par l'État. Ces ressources servaient par exemple à payer les craies pour les instituteurs ou des stylos : pour le moment, les maîtres eux-mêmes paient ces frais avec la participation des notables locaux selon les cas.
La cohérence du projet de Déka Ewé avec les politiques éducatives togolaises
La cohérence et la pertinence du projet Déka Ewé sont garanties par les contacts réguliers que nous entretenons avec les représentants locaux du Ministère des Enseignements Primaires et Secondaires. En effet, nous ne pouvons prétendre agir sans une étroite coopération avec les autorités locales. L'Inspecteur des Enseignements primaire et secondaire de la sous-préfecture du Zio travaille à Tsévié, à une vingtaine de kilomètres du village. Il est notre interlocuteur privilégié pour toutes les actions d’éducation que nous entreprenons à Ativémé.
C'est lui-même qui a, dans un premier temps, suivi et délivré par une lettre officielle, l’accord de l’État togolais pour le projet de construction des bâtiments scolaires. Il a aussi soutenu notre premier projet dans le village d'Agbadomé depuis sa conception jusqu'à aujourd'hui. Nous l'avons d’ailleurs rencontré à chacun de nos séjours au Togo. Les membres de NEJ sont également en relation avec l’Inspecteur et l’ont rencontré plusieurs fois avant que nous n’établissions ensemble le calendrier d’exécution du projet.
La présence de l’Inspecteur ainsi que du Préfet lors de l'inauguration officielle de l'école d'Agbadomé en février 2007 ont été très appréciées par les villageois. Elles sont également la marque de l’implication des représentants de l’État togolais dans le projet et de la cohérence de notre action avec les politiques publiques locales. L'Inspecteur a une nouvelle fois donné son assentiment officiel pour le projet d’Ativémé.








